Cyrille Chausson, LeMagIT : « Les priorités des entreprises françaises reflètent leur niveau de maturité dans la transformation numérique »

Claire Decommer
Claire Decommer

Marketing Manager France

LeMagIT – site IT BtoB francophone du groupe TechTarget – informe une audience très spécialisée de décideurs. Une dizaine de journalistes et de pigistes réalisent plus de 2000 articles chaque année. Nombre d’entre eux reposent sur la couverture de l’actualité du secteur, tandis que d’autres sont orientés retours d’utilisateurs. Ils sont donc assez bien placés pour observer les grands mouvement du secteur, tant côté innovation que de celui des adoptions et des déploiements. Cyrille Chausson, Rédacteur en chef du MagIT, revient avec nous sur les tendances fortes à l’œuvre ces temps-ci.

 

Vos équipes couvrent les événements IT BtoB partout dans le monde, ce qui vous donne une idée en profondeur des grandes évolutions côté fournisseurs de technologie. Quelles sont ces tendances ?

L’une des grandes tendances est évidemment l’Intelligence Artificielle. Pas un éditeur n’échappe à la règle et chacun distille intimement des capacités de Machine Learning au sein de son outil ou de sa solution. Cela consiste à apporter par exemple des possibilités d’analyse rapide et automatisées, de détection de patterns, d’alerte ou encore d’optimisation. Mais cela n’est que la face émergée de l’iceberg. Car pour y parvenir, il faut des données, d’une part, et d’autre part,  il faut que ces données soient les plus pertinentes et de meilleure qualité possible. Enfin sans intégration, impossible d’extraire et d’alimenter les systèmes de traitement. Mais aucun fournisseur n’a la capacité ou la volonté de couvrir l’ensemble du spectre. Une autre tendance est donc la création d’écosystèmes de partenaires technologiques pour créer cette dimension holistique que nécessite le traitement des données.

Une autre grande tendance porte sur l’hybridation des systèmes, qui consiste à bâtir une passerelle virtuelle entre son datacenter et le cloud public. Aujourd’hui, cela va même au multi-cloud, à savoir pouvoir distribuer ses services applicatifs entre plusieurs plateformes Cloud. Les fournisseurs travaillent à élargir les méthodes de consommation de leurs outils. Surtout, les entreprises ne souhaitent pas être limitées dans leur choix de déploiements dans le cloud, histoire de ne pas reproduire les mêmes principes de verrouillage, comme auparavant.  La modernisation des SI passe par l’optimisation de ces capacités de distribution.

L’automatisation représente encore une autre tendance, que ce soit sur la couche applicative ou sur la couche middleware / infrastructure. Si le RPA (Robotic Process Automation) fait parler de plus en plus de lui, tout comme l’Intelligence artificielle,  les architectures applicatives modernes (ou cloud-native), comme les containers, le serverless, ainsi que les principes de configuration as code et d’infrastructure as code contribuent à cette forme d’automatisation. Cela va de pair avec l’hybridation des systèmes dans le Cloud, et les très recherchées possibilités de dimensionnement et d’élasticité.

C’est d’ailleurs cette même élasticité qui doit aujourd’hui être traduite dans l’organisation des entreprises. Comment profiter de cette flexibilité technologique, si les équipes internes ne sont pas structurées pour s’y adapter ?  C’est pour cela que l’agilité et DevOps montent en puissance. Ce changement organisationnel est impératif pour parvenir à la modernisation.

Enfin on ne doit pas oublier la sécurité et la conformité. Si cette dernière est imposée par les régulations qui pèsent de plus en plus lourd sur le numérique, en matière de protection des données notamment, la sécurité constitue un composant clé chez les fournisseurs, surtout si celui-ci appelle à manipuler les données.

 

 

Ces évolutions correspondent-elles aux attentes des décideurs IT en entreprise et surtout quels sont leurs centres d’intérêt qui pourrait nous en dire plus sur leurs priorités d’investissement ?

Les priorités des entreprises françaises en matière d’investissement reflètent clairement leur niveau de maturité dans la transformation numérique. Cela reste très hétérogène d’un secteur à l’autre. Il s’agit là d’un premier constat : les entreprises les plus avancées dans la transition de leur modèle vers le numérique sont celles qui ont la capacité d’investissement la plus élevée. Les banques et les services financiers, les assurances, les transports, l’énergie et le retail en général – les ténors de la grande distribution sont d’ailleurs en France – progressent plus rapidement que d’autres.

Au cœur de ces projets, et sans grosses surprises, ces entreprises ont placé la donnée, en ligne donc avec les avancées technologiques des fournisseurs. Mais comme habituellement dans l’histoire de l’IT,  les usages sont derrière les possibilités offertes.  Le Big Data a fait son trou. Cela a mis presque 10 ans. Cela a pris plus de temps que la BI. Mais aujourd’hui, les entreprises françaises ont compris l’intérêt d’analyser l’ensemble des données qui sont à leur disposition, qu’elles soient internes ou externes, historiques ou contextuelles. Les outils analytiques et de BI mais également les entrepôts de données sont donc parmi les priorités d’investissements. On remarque d’ailleurs que ce dernier secteur technologique connait actuellement un fort bouleversement, poussé par les innovations d’acteurs purement cloud. Ils y apportent une autre vision technique et une autre façon de « consommer » ses données.

Cela a au moins permis d’initier de vrais projets. Mais, et cela est clé, en facilitant les usages, le Big Data a aussi contribué à  installer une culture de la donnée dans les entreprises en France. Celle-ci s’infuse progressivement, et constitue aujourd’hui une rampe de lancement vers l’Intelligence Artificielle et le Machine Learning. Sans donnée, pas d’AI, et les entreprises qui ont mis un pied dans le Big Data l’ont bien compris.

Reste alors à se donner les moyens de réaliser ces projets de transformation. Les capacités de calculs, de dimensionnement, ainsi que les vastes catalogues de services du cloud apportent aujourd’hui le support technologique premier. Une base sans laquelle peu de projets pourraient se concrétiser. L’infrastructure est certes devenue une commodité, mais sans infrastructure et sans proposition de stockage adaptée – et elles sont nombreuses – , rien ne pourrait éclore. L’infrastructure est une commodité parce qu’elle est indispensable.

 

 

Il y a quelques années, on parlait de migration à venir vers le cloud computing. Où en est-on réellement en termes de maturité dans les entreprises sur les 3 grands périmètres du cloud : l’IaaS, le PaaS et le SaaS ?

Les migrations sont aujourd’hui bien réelles et ont largement dépassé les premiers cas d’usages qui consistaient à délester les applications sur site vers le cloud lors de pics d’activités. Aujourd’hui, on imagine verser son parc applicatif dans le cloud public, soit par le biais d’une migration de type « lift-and-shift », soit en redéveloppant ses applications sous la forme de services dits cloud-natifs – même si cette dernière tendance est toute de même assez rare. Mais ce n’est que le début, car avec l’émergence de technologie standard comme Kubernetes, cette tendance devrait s’affirmer dans le temps.

Le SaaS reste encore le modèle de consommation préféré des entreprises, car elle apporte l’abstraction la plus élevée. Inutile de gérer les ressources et l’infrastructure. Les départements RH, marketing, vente, consomment en général tous une application SaaS au quotidien. Cela se voit dans les revenus des éditeurs pure-players.

L’émergence des stack middleware modernes a en revanche flouté la frontière qui existait entre le IaaS et le PaaS, à l’exception des services de stockage car ils sont indispensables pour le traitement et l’analyse des données. Même si le compute reste à coup sûr le mode de consommation premier du cloud par les entreprises.

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